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lettre émanant d’un commis des PTT en service à Majunga en 1910

dimanche 25 juillet 2010, par sbuchfr

Extrait du bulletin Col.fra n°5

Texte d’une lettre émanant d’un commis des PTT en service à Majunga en 1910.

Communiquée par Roger THEISS.

Majunga, le 23 Octobre 1910

Monsieur,

Tout d’abord veuillez agréer mes excuses pour le retard mis à vous répondre. Je suis encore souffrant des suites d’une dysenterie.

Merci pour les timbres commémoratifs de l’Exposition philatélique de Paris à l’effigie de Monsieur POINCARE. Il m’est très agréable de les posséder.

J’aurais été très heureux de pouvoir vous être utile en vous fournissant des photographies reproduisant les cotés pittoresques du service postal à Madagascar. Outre que je ne suis pas photographe, je ne vois guère de collègues qui puissent vous donner satisfaction.

Néanmoins voici quelques détails sur le fonctionnement du service postal ici - au point de vue transport.

Mes transports de sacs postaux se font :

1° - par bateaux des Messageries pour tous les ports de côte Diégo-Suarez, Vohémar, Ste Marie, Tamatave, Vatomandry, tmahanoro, Mananjary, Fort-Dauphin, Tuléar, Ambohibé, Morondavara, Maintirano, Majunga, Analalava, Nosy Bé.

2° - par chemin de fer de Tamatave à Tananarive en passant par Ivondro, Andewranto, Bruchaville, Moramanga, etc. Tananarive.

3° - par automobile entre Tananarive et Fianarantsoa, Mananjary, Tananarive, Maevatanana.

4° - par chaloupe à vapeur entre Maevatanana et Majunga.

5° - par Asimandoa entre les autres points de l’île.

On nomme Asimandoa des indigènes recrutés sur place par les soins des Mpiadidy ou Chefs de villages et embauchés soit à la journée soit au mois. Leurs salaires ne dépassent presque jamais la somme de trente francs par mois ou celle de 1F25 par journée passée en voyage.

C’est à ces Asimandoa que sont confiés les sacs postaux sauf les valeurs déclarées. Ces hommes habitués à la marche fournissent des étapes de cinquante kilomètres journellement et sont relayés environ tous les cent kilomètres.

Dans certaines régions pendant la saison des pluies les transports de courrier se font par pirogues.

Bien que les Asimandoa soient autorisés à porter la sagaie ou lance il arrive parfois qu’ils sont attaqués comme cela s’est produit dernièrement dans la région d’Incérimandroso, tués, et les sacs postaux volés. Ces crimes restent rarement impunis et leurs auteurs sont toujours des Antaimora, population vagabonde et féroce autant que sournoise.

Traqués par les miliciens aidés des chefs de canton, chefs de village, ils ne tardent pas à être pris et après jugement soit déportés soit fusillés.

Le transport par Asimandoa fait que les correspondances risquent d’être spoliées mais rarement par le Asimandoa.

Au fur et à mesure que les routes sont construites et que les transports par automobiles fonctionnent, on supprime les Asimandoa.

-Bureaux-

Les bureaux postaux de la Colonie se divisent en bureaux de plein exercice et en bureaux auxiliaires. Les bureaux de plein exercice se subdivisent en bureaux de 1ère, 2ème, 3ème catégorie selon leur importance. Il en est de même des bureaux auxiliaires.

Ceux-ci sont gérés par des sergents là où la troupe existe, par des gardes de milice, par des commis des services civils et enfin par des télégraphistes indigènes dans les régions où-il n’y a ni troupe, ni milice, ni services civils.

Comme la plupart des gérants ne sont guère au courant des règlements postaux le service marche au petit bonheur. Toutefois les pertes et spoliations de lettres sont assez rares.

-Personnel-

Le personnel comprend :

1° - des Commis métropolitains détachés dans la Colonie et répartis dans les grands bureaux de l’Ile. Ils exercent généralement les fonctions de receveurs.

2° - de Commis européens appartenant au cadre local. Ils sont placés en sous ordre dans les grands-bureaux et exercent les fonctions de receveur dans les bureaux de 2ème, 3ème catégorie.

3° - de Commis indigènes chargés plus spécialement de télégraphe.

Les règlements postaux sont les mêmes que ceux de France. Les Indigènes ont un costume spécial, tous les autres agents sauf les surveillants indigènes n’en ont pas.

La pénurie du personnel est la même qu’en France et les soldes des Agents européens du cadre local vont de 3000 à 9 ou 10000 francs.

Aucun agent actuellement ne touche 9000 francs.

Les avancements se font très lentement.

Si les quelques hâtifs renseignements que je vous donne sont de nature vous intéresser usez-en mais je vous serais obligé de taire mon nom.

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